La gestuelle de Ségolène

8 11 2006

Celà avait attiré mon attention lors du premier et fade “débat” des candidats à l’investiture socialiste, il y a deux semaines. Mais je pensais m’être trompé… Un passage télévisuel (ce lundi) et un “débat” plus tard (le dernier, ce mardi), je me rends compte que j’avais bien vu. Face à la caméra, Ségolène Royal n’a pas de gestuelle !

Pourtant, tous les orateurs usent de gestes “calculés” pour appuyer leurs propos, pour les minimiser, pour transmettre un sentiment de confiance, de pugnacité… Pour souligner l’articulation logique de leur discours, pour afficher que l’idée est claire et revendiquée.

Chez Ségolène, rien. Elle semble rester les deux mains sur les bords du pupitre comme une écolière qui récite sa leçon.

D’ailleurs, contrairement à ses deux confrères, la diction de Ségolène n’est pas fluide mais quelque peu martelée et ponctuée de phatèmes. Elle trébuche sur des mots plus souvent, aussi. Et lorsqu’un journaliste l’interromp d’une question pour réorienter son propos, elle reprend invariablement la phrase inachevée, avec une touche d’agacement. Comme si elle récitait sa leçon.

L’absence de gestuelle “active” chez Ségolène est surprenante. C’est comme si, par peur de la gestuelle inconsciente, celle qui trahit les émotions, l’hésitation, le trouble intérieur, elle avait décidé de supprimer tout mouvement de mains. Toutefois, ce contrôle du geste lui-même trahit de l’hésitation. La crainte de dévier de son propos préparé et appris et d’avoir à improviser. Et elle martèle son discours à elle-même peut-être tout autant qu’au spectateur.

Pourquoi ce refus de l’improvisation ? par manque de maîtrise du sujet ? par peur de ne pas être assez consensuelle, que ses idées ne soient pas nos idées ? Il reste que si elle est investie, Ségolène aura à affronter, face à face cette fois, des tribuns revendicatifs, rompus à la polémique, aux sifflets des foules, et je crains qu’elle ne face pâle figure.


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4 réponses à “La gestuelle de Ségolène”

15 11 2006
Fouissons ! » Comme une écolière qui récite sa leçon… (21:48:26) :

[…] Récemment je m’étonnai de l’économie du geste chez Ségolène Royal et j’émettai l’idée que cette économie trahit une peur de s’écarter d’un propos préparé et d’improviser. Je m’étonnai également, après avoir un peu STFW, de ne pas trouver écho mes propos dans les journaux ou les blogs grosse fréquentation. […]

9 01 2007
Fouissons ! » Berner les Français avec leurs mots eux (21:35:53) :

[…] Je ne souhaitais pas parler de politique ici mais finalement c’est trop tentant. Et puis mon précédent billet sur la gestuelle de Ségolène fait du hit… […]

5 05 2007
Fouissons ! » Le débat, les regards, la victime et le sauveur absent (15:19:18) :

[…] Je regarde avec un peu de retard le duel entre Marie-Ségolène et Joe Dalton. Je m’étais trompé, il ne l’a pas broyée. Sur la forme, c’est plutôt elle qui a tiré son épingle du jeu. […]

12 05 2007
Fouissons ! » Fouissons!’s Fifteen minutes or Fame (14:55:04) :

[…] Il semblerait que l’un de mes billets ait retenu l’attention de l’équipe d’Arrêt Sur Images qui, en complément de l’émission “Présidentielle : la bataille des mots” diffusée demain, écrit : L’analyse des gestes serait-elle plus scientifique, plus objective que celle du discours politique ? Rien n’est moins sûr. Pour le blog Fouissons, Ségolène Royal n’a tout simplement pas de gestuelle : “Tous les orateurs usent de gestes ‘calculés’ pour appuyer leurs propos, pour les minimiser, pour transmettre un sentiment de confiance, de pugnacité… Chez Ségolène, rien. Elle semble rester les deux mains sur les bords du pupitre, comme une écolière qui récite sa leçon”. Ce qui ne l’a pas empêchée d’arriver au deuxième tour d’une élection présidentielle. […]